27 novembre
2012

Election catalane et ethnomasochisme.

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Perpignan le 27.11.2012

Terra i Poble Catalunya Nord: Les catalans auraient-ils consulté le rapport du laboratoire d’idée Terra Nova fondée en 2008 par Olivier Ferrand, membre du Parti Socialiste. Le 10 mai 2011 Terra Nova a publié un essai intitulé Gauche, quelle majorité électorale pour 2012?

Il est en effet troublant de trouver des similitudes entre le Parti Socialiste français et la fondation Nous Catalans (« nouveaux Catalans ») affiliée à Convergència i Unió (CiU, centre droit), Ciutadans (C’S centraliste et  jacobin de centre gauche) et la CUP ( Candidature Unité Populaire, parti d’extrême gauche catalaniste)

Les membres de CiU courtisent les immigrés jusque dans les mosquées ( voir article le Monde), les ciutadans collent des affiches bilingues, castillan et arabe ( voir encadré), alors que nous sommes en Catalogne. La CUP tire le pompon, elle a   réalisée une vidéo de campagne totalement en arabe.  Plus de quatre minutes dans une langue étrangère… pour une élection catalane, logique… voir la vidéo

Dans le califat d’al Catalunya tout va très bien madame la marquise…

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Petit rappel sur la Fondation Terra Nova:

Terra Nova met les pieds dans le plat… ( extrait de la brochure  » la gauche à coté de ses pompes » du Parti Nacionaliste Catalan – Catalogne du Nord.). Texte également disponible en catalan sur la même brochure.

 

Terra Nova est un laboratoire d’idées, proche des partis et des organisations de la gauche française. Elle a été fondée en février 2008. Elle s’efforce de produire et diffuser des solutions politiques innovantes, en France et en Europe et ainsi à “ contribuer à sortir le progressisme de l’impasse dans lequel il se trouve ”. Elle est financée principalement par le mécénat d’entreprise et par la cotisation de ses adhérents.

Terra Nova dispose d’un site Internet (www.tnova.fr) sur lequel elle publie des notes d’actualité (pratiquement une par jour). Ses groupes de travail produisent des rapports sur des thèmes particuliers. Enfin, elle organise des conférences, des débats publics…

 

Terra Nova a été fondée par Olivier Ferrand (né le 8 novembre 1969). Membre du Parti Socialiste, il est réputé proche de Dominique Strauss-Kahn. Entre 2001 et 2007, Ferrand a assumé la fonction de maire adjoint du troisième arrondissement de Paris. En 2007, candidat parachuté, il s’est présenté, sans succès, aux élections législatives dans la 4e circonscription des Pyrénées-Orientales. Depuis 2008, il est maire adjoint de Thuir (Roussillon) et vice-président de la communauté de communes des Aspres.

 

Terra Nova est dirigée par dix-sept personnalités issues de divers milieux (monde des idées, entreprises, associations, administration…). La direction détermine la politique générale de Terra Nova et prend les décisions nécessaires à sa mise en œuvre. La présidence est actuellement assurée par Olivier Ferrand.

 

Plusieurs personnalités sont membres ou participent aux activités de Terra Nova. Pour se limiter à la sphère politique citons (en 2008) :

– Michel Rocard, président du conseil d’orientation scientifique ;

– Daniel Cohn-Bendit, député européen ;

– Bertrand Delanoë, maire de Paris.

 

Enfin, Terra Nova s’appuie sur un réseau d’environ un millier d’experts issus de divers secteurs ainsi que sur des antennes locales.

 

La promiscuité de l’association avec le monde des affaires a été souvent critiquée. Ses analyses sont loin de faire l’unanimité au sein des milieux “ progressistes ”.

 

Le 10 mai 2011 (date hautement symbolique !), Terra Nova a publié un essai intitulé Gauche, quelle majorité électorale pour 2012 ? Ce texte de 88 pages a été écrit sous la direction d’Olivier Ferrand. Il fait le constat du “ divorce ” entre la gauche et la classe ouvrière et propose de s’appuyer désormais sur d’autres électorats.

 

Voici un extrait significatif de ce document : “ Il n’est pas possible aujourd’hui pour la gauche de chercher à restaurer sa coalition historique de classe : la classe ouvrière n’est plus le cœur du vote de gauche, elle n’est plus en phase avec l’ensemble de ses valeurs, elle ne peut plus être comme elle l’a été le moteur entraînant la constitution de la majorité électorale de la gauche. La volonté pour la gauche de mettre en œuvre une stratégie de classe autour de la classe ouvrière, et plus globalement des classes populaires, nécessiterait de renoncer à ses valeurs culturelles, c’est-à-dire de rompre avec la social-démocratie. ”

 

En clair, selon Terra Nova, ouvriers et employés ont définitivement basculé à droite. Ils ne partagent plus les mêmes valeurs que la gauche et en particulier celles de la social-démocratie. La gauche a ainsi perdu ces dernières décennies son plus fort potentiel électoral.

 

S’adresser en priorité aux classes populaires s’avérerait “ dangereux ”, car la gauche devrait pour cela “ renier ses valeurs en faisant du social populisme ” et se heurter au “ FN, qui se pose en parti des classes populaires ”. Olivier Ferrand cite l’exemple du Parti Travailliste Néerlandais qui a basculé de la social-démocratie au social-populisme. Cette stratégie électorale s’est révélée catastrophique puisque cette organisation s’est retrouvée avec seulement 13 % des voix aux dernières élections locales.

 

Il faut faire des choix… le Parti Socialiste doit rompre avec son électoral traditionnel, c’est-à-dire mettre de côté les classes populaires… C’est la proposition de Terra Nova pour les prochaines échéances électorales.

 

Selon l’association, la coalition historique de la gauche est en déclin, il convient d’adopter une nouvelle stratégie centrale basée sur “ la France de demain ”.

 

La nouvelle coalition de la gauche n’a plus grand-chose à voir avec la coalition historique. Elle est constituée de quatre groupes principaux :

– Les diplômés. Ils votent plus à gauche que la moyenne nationale. Plus on est diplômé, paraît-il, plus on vote à gauche ; moins on est diplômé, plus on vote à droite.

– Les jeunes, le “ cœur de l’électorat de gauche ” aujourd’hui

– Les minorités et les quartiers populaires. La France de la diversité est presque intégralement à gauche. (Apparemment, il n’est pas question ici des minorités ethniques, mais des populations allogènes).

– Les femmes. L’électorat féminin, hier “ très conservateur ”, a basculé dans le “ camp progressiste ”.

 

Cette nouvelle coalition ne se fonde plus sur des enjeux socioéconomiques, mais sur “ des valeurs culturelles, progressistes ”. Elle est tolérante, ouverte, solidaire, optimiste, offensive. Autant de valeurs qui s’opposent au “ repli ” ouvrier, des gens inquiets de l’avenir, plus pessimistes, plus fermés, plus défensifs qui défendent le présent et le passé contre le changement.

 

On observera que la nouvelle coalition proposée par Terra Nova est loin d’être majoritaire. Elle rassemble des catégories peu dynamiques du point de vue démographique (les jeunes) ou peu enclines à participer à des élections (les fils d’immigrés). Le seul élément massif serait le vote féminin.

 

Le rapport Gauche, quelle majorité électorale pour 2012 ? est sans doute le document le plus sensible élaboré par l’association. Ses dirigeants ont longtemps hésité avant de le publier. Selon certains, il a même failli rester dans un tiroir. Les affirmations qui y sont contenues sont, en effet, assez déstabilisants pour la gauche.

 

Le divorce entre milieux populaires et partis de gauche dans toutes les démocraties occidentales a déjà fait l’objet de nombreux constats. Ce qui est nouveau dans la publication de Terra Nova c’est la théorisation du phénomène et ses propositions pour le traduire en actes et en projets politiques.

 

Dans l’ensemble, il a suscité des réactions négatives. Pour le groupe “ Solférino 2012 ”, proche de Martine Aubry, renoncer aux classes populaires s’avérerait un “ choix mortifère pour la gauche ”. Selon Pierre Moscovici, député strauss-kahnien, “ Le PS ferait une erreur ontologique, éthique, politique, de renoncer à la classe ouvrière ”. Le porte-parole de Ségolène Royal, Guillaume Garot, a relevé “ la rigueur du travail de Terra Nova ” et demandé de “ ne pas caricaturer le débat ”. Il a considéré toutefois qu’il ne pourrait y avoir “ pas de victoire en 2012 sans adhésion des milieux populaires ”.

 

Le PCF a dénoncé le “ cynisme électoral ” et considéré que Terra Nova se “ sabordait idéologiquement ”.

 

Jean-François Copé, secrétaire général de l’UMP, a constaté que le PS tirait “ un trait sur les classes populaires ”. De son côté, le Front National a accusé les rédacteurs du rapport de programmer l’ “ abandon des classes populaires ”.

 

Selon un spécialiste du Parti Socialiste, Rémi Lefebvre, professeur de Sciences-Po à Lille II, “ le message que l’on peut lire, c’est en gros, les classes populaires, il faut faire une croix dessus ”.

 

* * *

 

Quel est le but avoué d’Olivier Ferrand et de ses amis ? Aider le Parti Socialiste et ses alliés, bien sûr à remporter l’élection présidentielle de 2012 ! Dans cette entreprise, le sort des ouvriers et des employés paraît bien secondaire…

 

Ce ne sont pas à l’évidence les classes populaires qui ont d’abord abandonné la gauche, mais l’inverse. Rappelons quelques indications fondamentales à ce propos.

 

Au cours de ses dernières décennies, la classe ouvrière a subi des modifications fondamentales. Elle s’est rétrécie démographiquement en raison de la désindustrialisation. La moitié des ouvriers travaille dans les services (manutentionnaires, magasiniers, chauffeurs…). L’influence des syndicats s’est amoindrie. Beaucoup d’emplois stables ont disparu. La précarité s’est installée partout. Aujourd’hui on recense trois millions de chômeurs, six millions d’emplois précarisés auxquels s’ajoutent un à deux millions de personnes exclues du système !

 

Depuis de nombreuses années, cet électorat populaire a délaissé les partis de gauche pour se réfugier dans l’abstention ou pour voter Front National. Ainsi selon un sondage de l’IFOP d’avril 2011, Jean-Luc Mélenchon recueillait 2 % des voix ouvrières, Olivier Besancenot 1 % et Marine Le Pen 36 % !

 

Dans une large mesure, les partis de gauche trouvent leurs origines au sein du monde ouvrier. Longtemps, ceux-ci ont répercuté leurs conceptions de l’économie et leurs revendications sociales.

 

À la suite des événements de Mai 1968, de nombreux éléments extérieurs au monde ouvrier rejoignent la gauche politique en y apportant de nombreuses valeurs anarchisantes (liberté sexuelle, avortement, contestation de la famille…), valeurs dans lesquelles la classe ouvrière ne se reconnaît pas. En dépit de ces discordances culturelles, les milieux populaires continuent de soutenir les partis de gauches. Le 10 mai 1981 ceux-ci accèdent au pouvoir.

 

L’exercice du pouvoir conduit la gauche au réalisme économique et à la “ politique de rigueur ” c’est-à-dire à l’abandon des classes populaires. Les dirigeants se révèlent impuissants à répondre aux aspirations légitimes du monde ouvrier. Face à la montée de l’extrême droite, le Parti Socialiste abreuvera les médias de discours moralisants…

 

Il est facile de comprendre que l’électorat populaire a déserté la gauche compte tenu de ses graves difficultés économiques, mais aussi par rejet du système de valeurs prôné par l’intelligentsia.

 

On décèle une mauvaise conscience chez beaucoup d’hommes de gauche à propos de la colonisation. Cela est bien compréhensible dans la mesure où leurs prédécesseurs y ont largement participé et se sont souvent compromis dans les guerres coloniales (Algérie, Rwanda…). Il en découle une tendance bien affirmée à valoriser l’immigré dans de nombreux domaines. Le rapport de Terra Nova se fait l’écho de cette sensibilité.

 

En contrepartie, nombreux sont les gens de gauche à dénigrer à présent les autochtones de l’Hexagone. Alors qu’il était l’invité d’Alain Finkielkraut dans l’émission Répliques le 3 septembre dernier sur France-Culture, Olivier Ferrand a déclaré que “ l’identité de la France n’est plus celle des autochtones ”. Par ailleurs, il se réjouit que l’islam se développe en France…

 

Olivier Ferrand jure les grands dieux qu’il n’envisage absolument pas d’abandonner les milieux populaires. Il proclame que les socialistes n’ont pas changé de valeurs : elles sont toujours la justice sociale et la solidarité envers les plus démunis. En réalité, lui et ses roses camarades défendent désormais la classe ouvrière comme l’Église défend les pauvres : sans jamais remettre en cause le système et les privilèges des puissants…

 

La gauche n’entend pas abonder dans le sens du peuple et prendre ses problèmes en considération. Elle possède la vérité. Vive le despotisme éclairé ! Le peuple a toujours tort nous le savons. Il doit – évidemment ! – accepter la transformation de l’Hexagone à la fois inéluctable et souhaitable.

 

Hélas, le peuple de gauche a mal tourné. Et puisqu’il refuse de suivre ses dirigeants naturels, il suffit d’inventer un nouveau peuple de gauche comme le propose Olivier Ferrand. Cette illusion permet aux socialistes de ne pas avouer la réalité : à force de laisser libre cours au capitalisme apatride, ils ont traduit ceux au nom desquels ils prétendent parler.

 

Pour la gauche, les questions soulevées par l’immigration de masse demeurent le tabou absolu. Les candidats à la primaire socialiste se gardent bien d’aborder le sujet. Les gauchistes eux marchent dans les pas du MEDEF. Ils exigent la régularisation des clandestins.

 

Comment le Parti Socialiste et ses alliés pourront-ils faire coïncider leur système de valeurs avec les aspirations populaires bien différentes de leurs propositions politiques ?

 

Si les partis de gauche persistent dans leurs errements, il paraît évident qu’ils mourront à plus ou moins long terme sans fleurs, ni couronnes.

Xavier Bile, 25 septembre 2011.

 

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