21 janvier
2013

Tribune libre: Llorenç Perrié Albanell en faveur de l’autodetermination

Suite à l’article de monsieur Jean-Bernard Ramon dans Rivarol N°3075

C’EST avec un grand intérêt que j’ai suivi les explications partisanes de monsieur Ramon (RIVAROL, numéro 3075), renforcées à grand coup de chiffres à propos du projet séparatiste de la Catalogne. A première vue, il ne s’intéresse qu’à la presse madrilène favorable à l’unité à sens unique de l’Espagne. Monsieur Ramon s’improvise ainsi en spécialiste de la question catalane en prenant bien soin d’occulter les causes profondes qui alimentent la ferveur nationaliste. D’ailleurs il n’est pas à son premier coup, j’ai en mémoire un article fort peu complaisant envers l’autonomie de la Catalogne, et son système d’immersion linguistique, publié dans un numéro de RIVAROL en juillet 2010, le n° 2962. Se faisant partisan du pouvoir central et du nivellement des peuples, Monsieur Ramon s’insurge contre les fondamentaux d’une communauté historique et ethnique en niant le droit à la gestion des biens et aux particularités culturelles. Nous pouvons en déduire rapidement que sa conception du monde ne s’éloigne guère du projet mondialiste, où l’ingérence par des autorités supranationales et le multiculturalisme sont de mise. La langue propre de la Catalogne est le catalan, et le droit des peuples à disposer d’eux mêmes est un droit inaliénable, le cas contraire additionné à la spoliation de biens et à la substitution de population se définit par le mot “colonisation”.

SUR LA QUESTION DE L’ENDETTEMENT

C’est la spoliation de biens, ou si vous préférez, le matraquage fiscal, qui caractérise en ce moment, et de façon virulente, les revendications séparatistes, en plus évidemment des revendications historiques et culturelles. La question économique inquiète sérieusement notre écrivain, qui n’a pas pris le temps d’analyser la situation dans les deux camps. En effet la Catalogne est endettée, mais qu’y a-t-il d’original là dedans ? Tous les Etats d’Europe sont endettés car ils subissent tous une crise financière orchestrée par la main de la fortune anonyme et vagabonde incarnée par le capitalisme spéculatif. La Catalogne, elle aussi, malheureusement, ne déroge pas à la règle, elle n’a donc pas de leçons à recevoir dans ce domaine d’un citoyen français. Ce qui a été oublié d’être mentionné dans l’article qui suscite mon attention, c’est que la Catalogne est endettée, certes, mais il faut mentionner qu’elle verse 24 % des impôts, alors qu’elle ne représente que 16 % de la population de l’Etat espagnol, qui lui reverse à son tour seulement 10 % (source : Oriol Junqueres député ERC, le 11/11/2012). Voilà un des fondements de l’amplification de la poussée séparatiste : le pacte fiscal. Le pacte fiscal est déjà appliqué au Pays Basque. Il s’agit d’un procédé plus juste, la région concernée donne ce qu’elle peut en fonction de ses moyens, mais surtout ce qu’elle veut. La levée d’impôts fait partie de ses compétences. C’est ce qu’avait demandé la Catalogne et qui a été rejeté par le conseil constitutionnel. Même des résidents non catalans, issus d’autres provinces d’Espagne, sont favorables au pacte fiscal, car il s’agit simplement de bon sens. Mais c’est une vision du monde encore un peu trop abstraite pour nos indécrottables jacobins qui attribuent cela à de l’individualisme.

LA FUITE EN AVANT ?

Il ne s’agit pas d’une fuite en avant comme voudrait bien nous le faire croire monsieur Ramon. Mais bien d’un ras-le-bol du peuple catalan, excédé par l’outrecuidance espagnole qui s’arroge le droit, dans le passé comme le présent, de destituer l’autonomie comme bon leur semble, l’exemple le plus récent est celui d’Alícia Sánchez-Camacho du Parti Popular (Droite espagnole, l’UMP ibérique) qui n’a pas manqué de faire cette proposition pendant la dernière campagne électorale. Supprimer l’autonomie ne suffit pas, il faut également choisir quelle langue doivent parler les Catalans, comme le montre la récente proposition de la réforme éducative proposée par le ministre de l’éducation espagnole, José Ignacio Wert. Que diraient nos chers Parisiens si demain on leur imposait le corse ou le breton ? En ce qui concerne le droit d’ingérence, nos nationalistes français savent de quoi je parle, le diktat de Bruxelles est un des exemples les plus frappants, dont Madrid se plaît à singer ses vertus (sic).

LA CATALOGNE DEVRAIT RÉVISER SON HISTOIRE ?

Voilà des exemples contemporains. Mais apparemment monsieur Ramon invite la Catalogne à réviser son histoire. C’est ce qu’elle fait en permanence. Les Catalans ont bien compris que l’histoire est une arme métapolitique, à l’instar de la culture populaire, les espanyolistes aussi, d’où cet acharnement pour la destruction des communautés enracinées. L’Etat espagnol ne vaut pas mieux que l’Etat français, même si ce dernier se veut à la pointe du combat multiculturel. La Catalogne sait très bien ou elle va, car elle sait très bien d’où elle vient. Elle n’a pas oublié son glorieux passé, militaire, culturel et économique, du temps où elle fut un royaume, donc une nation avec ses institutions. Elle n’a pas oublié encore aujourd’hui les défaites militaires et les humiliations terribles qu’elle a subies et qu’ils l’ont emmenée de façon brutale vers un génocide programmé. De la guerre des Segadors en 1640 (les faucheurs, hymne national de la Catalogne) et de ses crimes multiples comme celui de Cambrils où 600 miliciens et villageois désarmés furent assassinés aux portes de la ville au traité des Pyrénées en 1659 qui découpa honteusement un pays lié depuis des siècles pour le bon plaisir de quelques rois qui n’étaient pas les nôtres et qui plongera le Roussillon dans la guerre du sel connu sous le nom de la révolte des Angelets de la Terra. Guerre qui aura des répercussions terribles sur la population. Les territoires étrangers du Roussillon, tel était le nom de notre département après l’annexion, souffriront d’une répression culturelle sans précédent, que le pouvoir révolutionnaire renforcera lors de son avènement. La guerre de succession qui se terminera par le siège héroïque de Barcelone en 1714, la défaite, puis le fameux « Décret de Nova Planta » qui scellera la fin des institutions catalanes et l’officialisation du castillan dans l’administration, une langue jusque-là étrangère. Sans parler de la guerre civile espagnole, ou, faits peu connus des francophones, les nationalistes catalans, pourtant du côté républicain mais pour d’autres raisons, ont combattu avec courage, seuls et contre tous, en plein coeur de la Catalogne, la révolution anarchiste et la terreur rouge au prix de terribles pertes. La Catalogne à une longue mémoire et pas seulement une calculatrice en guise d’argument pour son émancipation.

PROFANATION À ILLE-SUR-TÊT

C’est avec surprise que j’apprends qu’une profanation a eu lieu au monument aux morts d’Ille-sur-têt. Dans l’article de monsieur Ramon, la piste serait attribuée aux catalanistes ? Qui affirme cela ? Mes camarades et moi-même souhaiterions connaître la source de cette affirmation scandaleuse. Pour accuser faut-il encore avoir des preuves. Rappelons que dans une affaire similaire (à Foix) le 11 novembre dernier, le coupable était un anarchiste qui n’avait rien à voir avec le mouvement occitaniste. Nul n’est censé ignorer que nos grands-parents eux aussi ont participé à la grande boucherie de 14-18, et que, à aucun moment, que l’on soit catalaniste ou non, il ne viendrait à l’esprit d’un Roussillonnais de souiller le souvenir de ceux qui sont tombés dans une des plus horribles guerres que l’Europe ait connue. C’est bien mal connaître les gens de ce pays que d’affirmer de pareilles sottises. Sans doute, et c’est normal, tout le monde ne connaît pas un épisode tragique de cette guerre. Nos cousins catalans du principat se sont engagés à nos cotés durant ce conflit. Ils ont constitué une unité à part au sein du Régiment de Marche de la Légion Etrangère, le 3e régiment Etranger d’infanterie est son successeur aujourd’hui, seule unité française qui porte sur sa cravate la médaille commémorative aux couleurs des volontaires catalans sur la hampe de son étendard régimentaire. Ils se nommaient les Voluntaris Catalans, une médaille commémorative non officielle fut frappée et leur drapeau fut conservé au musée des Invalides. Venu combattre pour obtenir la reconnaissance de la France comme peuple et nation, ils seront comme tant d’autres les laissés-pour-compte de la Grande Guerre.

LA RÉSISTANCE S’ORGANISE ?

C’est avec ce sous-titre non signé qu’un auteur alimente ses fantasmes les plus grossiers. Rectificatif : une résistance donquichottesque
qui réunira 10 000 personnes selon les organisateurs et seulement 6 000 selon la garde urbaine, lors de la manifestation de la fête de l’hispanité le 12 octobre dernier en réponse à la manifestation catalaniste monstre du 11 septembre qui comptabilisait 1,5 million de personnes selon la police régionale et 2 millions selon l’organisation. Nous sommes loin des 100 000 personnes, drapeaux espagnols et catalans mêlés, présentés en fin d’article.

OBSERVATIONS

Les partis qui ne soutiendront pas l’indépendance seront totalement discrédités dans un État catalan. Comment alors dénoncer les méfaits de l’immigration ? La récente défaite du parti identitaire catalan, Plataforma per Catalunya, aux dernières législatives est un exemple frappant. Ceux qui s’opposent à la volonté du peuple s’éloignent du peuple, donc se marginalisent. Il ne s’agit pas ici de suivre benoîtement le peuple mais de comprendre le sens véritable du mot identitaire et autodétermination. D’ailleurs il est fort curieux de voir les nationalistes français soutenir avec passion l’indépendance de l’Irlande, mais de refuser celle des autres…

Quant aux catalans on peut leur attribuer sans aucun problème la devise du Journal RIVAROL : « Quand les peuples cessent d’estimer, ils cessent d’obéir ».

Je conclurai donc par cette phrase de l’écrivain Valencien Joan Fuster : « Nous sommes las d’avoir à demander pardon pour exister».

Llorenç Perrié ALBANELL,
membre de Terre et Peuple en Catalogne du Nord

terraipoble@yahoo.fr

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