13 décembre
2014

Oui à une Catalogne indépendante!

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Tribune libre de Terra i Poble dans Rivarol

N°3167 — 11 DÉCEMBRE 2014 — RIVAROL

 
 APRÈS une lecture attentive de l’article de Scipion de Salm sur la
 Catalogne paru dans RIVAROL du 20 novembre 2014, nous avons décidé de
 réagir, et évidemment de contester certains des arguments avancés qui,
 selon nous, relèvent plus de la méconnaissance du terrain et d’un
 mépris à peine masqué pour les petites patries européennes, que d’une
 chronique géopolitique. Les quelques informations glanées sur internet
 ne permettent pas à Scipion de Salm de s’improviser spécialiste de la
 question catalane.

Edelweiss 3

 LE GOUVERNEMENT DE MADRID A FAIT LE LIT DU SÉPARATISME CATALAN

Première erreur, ou oubli de sa part. Ce n’est pas seulement la crise économique qui a fait monter le sentiment indépendantiste, mais le
sempiternel refus du gouvernement espagnol de mettre en œuvre la révision du statut d’autonomie de la Catalogne, à laquelle devaient
être attribuées de nouvelles compétences administratives, culturelles et fiscales (à propos de cette dernière, nous rappelons que la
Catalogne qui constitue 15 % de la population de l’Espagne, contribue pour 25 % au budget de l’Etat et ne reçoit que 9 % d’aide de la part
de celui-ci, c’est de la pure spoliation fiscale !). Nous soulignerons également les attaques constantes de ce même Etat contre
l’enseignement du catalan et ce malgré les prérogatives du statut d’autonomie — les statuts d’autonomie successifs (de 1932, de 1978 et
de 2006), pourtant votés par une très large majorité des Catalans, n’ont jamais été respectés par l’Etat Espagnol. Rien de pire que le
sentiment d’injustice pour pousser les gens à des revendications plus marquées, les Français en savent quelques chose. Pour votre
information, c’est le refus constant du gouvernement espagnol sur ces questions-là qui aura fait « le nid du séparatisme ». En effet, à ses
origines, le catalanisme se déclarait en faveur d’une « République Catalane, Etat intégrant la Fédération ibérique »1.

UN OUI MASSIF À UN ÉTAT CATALAN INDÉPENDANT

Nous souhaiterions également apporter quelques précisions complémentaires à propos des résultats de la
consultation du 9 novembre. Premièrement, quelle était la — ou les — question(s) posée(s) le jour de la consultation ? Questions posées en
catalan et en castillan : Souhaitez-vous que la Catalogne devienne un Etat ? Oui ou Non ? En cas de réponse positive, souhaitez-vous que cet
Etat soit indépendant ? Oui ou Non ? Les résultats sont les suivants2 : La Catalogne compte 7.553.650 habitants, et 5 318 296 inscrits. Pour
cette élection 2 305 290 de votes exprimés ont été comptabilisés. OUI (à la première question), OUI (à la deuxième question) : 1 861 753
soit 80,76 % OUI. NON : 232 182 soit 10,07 % NON : 104 772 soit 4,54 % OUI. Blanc : 22 466 soit 0,97 % Blanc : 12 986 soit 0,56 % Autres : 71
131 soit 3,09 %. Nous devons compter parmi les inscrits, les abstentions, et les votes blancs ou négatifs , hormis les incontournables opposants, une population de plus en plus nombreuse en Catalogne, les immigrés, qu’ils proviennent des autres régions
espagnoles, qu’ils soient intra ou extra-européens. Nous noterons donc que 91, 80 % des exprimés, soit 2 116 401 électeurs se sont déclarés
en faveur de la création d’un Etat catalan.

LA GRANDEUR ET LA LÉGITIMITÉ DE LA LANGUE CATALANE

Nous souhaiterions apporter quelques précisions complémentaires à propos de la langue catalane, que Scipion de Salm qualifie de “régionale”, et qu’apparemment il ne juge pas aussi prestigieuse que “l’espagnol” ou le français. Apparemment c’est un mal français que de toujours vouloir hiérarchiser les langues, et à ce sujet, effectivement, vous pouvez serrer la main à vos amis espagnols. Nous rappellerons juste au passage que le
catalan a “survécu”, comme le rédacteur de l’article le dit, parce que ce peuple a une âme, et que malgré la multitude d’attaques et
d’interdictions qu’a subie cette langue, elle est parlée par 11 530 160 personnes à travers le monde, notamment, dans les Pays Catalans
(Països Catalans) qui sont : la Catalogne, les Iles Baléares, une partie de l’Aragon, le Pays Valencia, la Catalogne du Nord (département des Pyrénées-Orientales, appellation strictement républicaine que nous rejetons en bloc) et comme témoignage d’un passé
glorieux, nous citerons également la ville de l’Alguer en Sardaigne, où les gens pratiquent encore le catalan. Quant à la littérature
catalane, qu’elle soit classique ou simplement ancienne, nous n’avons rien à envier aux autres peuples. Citons par exemple le roman de Tiran
lo Blanc édité au XVe siècle, roman de chevalerie qui a devancé le célèbre Don Quichotte (XVIIe) qui s’en est inspiré, citons le Sent
Soví, livre de cuisine médiévale édité en 1324, parlons de Ramon Llull (1232-1315), célèbre philosophe, poète, théologien et missionnaire
catalan don les ouvrages sont encore étudiés aujourd’hui, nous terminerons par le chroniqueur de la compagnie médiévale catalane des
Almogavers, Ramon Muntaner qui narra la geste épique de ces mercenaires en 1282. De plus, les linguistes les plus sérieux
considèrent le catalan, comme l’une des plus belles langues latines après l’italien — le catalan est reconnu comme langue européenne à
Strasbourg et à Bruxelles. Peut-on dans ces conditions encore parler de langue régionale ?

NATIONALISME CATALAN ET RACIALISME

Nous apporterons également quelques précisions sur votre analyse, quelque peu partisane, à propos du nationalisme catalan, mais aussi basque. Il serait erroné de croire que le nationalisme basque en particulier ne puise pas ses origines dans le racialisme, cette branche idéologique
est la plus ancienne, on la nomme l’Aranisme, du nom de son théoricien Sabino Arana Goiri. De même le nationalisme catalan a-t-il également
eu dans ses rangs des racialistes comme le docteur Robert, qui fut maire de Barcelone en 1899, et dont les conférences ont suscité bien des polémiques. Sa statue sera d’ailleurs démontée sous le franquisme. Parlons également d’Heribert Barrera qui fut le premier président du parlement catalan après l’époque franquiste entre 1980 et 1984, qui n’hésita pas à faire les déclarations suivantes : « Si nous ne sommes
pas arrivés à intégrer les immigrés du sud de l’Espagne quand nous nous trouvions dans une proportion de un contre un, comment pourrons-nous espérer, avec une proportion de deux ou trois contre un, pouvoir intégrer des gens très éloignés de nous du point de vue
culturel, religieux et génétique ? Si des étrangers continuent à s’installer chez nous, nous pouvons faire une croix sur notre identité nationale. Je préférais une Catalogne comme à l’époque de la République : sans immigrés. Les vagues migratoires sont un plan pour
décatalaniser la Catalogne ». Heribert Barrera était membre de l’ERC, la Gauche Républicaine de Catalogne, il a combattu les troupes du
général Franco. Il décédera en 2011, la Generalitat lui fera des funérailles nationales. C’était un nationaliste de gauche, il est
certain que nous aimerions rencontrer plus souvent des nationalistes de gauche avec le même profil. Passons. Scipion de Salm a également
écrit que c’est la gauche indépendantiste qui est au pouvoir en Catalogne. Or rien n’est plus faux, c’est une coalition de centre droit : le CDC, le partit d’Artur Mas. Pour être plus précis, la coalition de centre droit de CIU convergencia i unio : Convergencia democratique de Catalogne et Unio democratique de Catalogne (démocrates-chrétiens) La gauche indépendantiste ERC soutient le gouvernement mais ne fait pas partie de celui-ci. Voici les résultats des élections de 2012 : CIU : 50 députés – ERC : 21 – PSC 20 — PP :19 Iniciativa Verts : 13, Ciutadans : 9, CUP : 3, au total 135 députés. Les partis souverainistes CIU + ERC + Init. + CUP : 87 députés. Par ailleurs, 3 autres députés dissidents du PSC ont rejoint le
“souverainisme”. Ce qui le porte à 90 — soit les 2/3 de l’assemblée.

UN PEUPLE CATALAN RESTÉ ATTACHÉ AUX VALEURS TRADITIONNELLES

Scipion de Salm peut accuser les politiciens catalan de xénophilie, d’antiracisme, d’immigrationnisme, mais certainement pas l’intégralité
du peuple catalan. Peuple qui reste dans son ensemble un peuple traditionnel qui cultive des valeurs comme l’amour du travail bien
fait, très attaché à ses us et coutumes. Contrairement à ce que certains peuvent affirmer, non les catalans n’accepterons pas de voir
les arènes de Barcelone se transformer en mosquée géante, simplement parce que le peuple catalan est resté profondément catholique, et ce
sont des païens qui vous le confirment ! Si les politiciens ont trahi pour se vautrer dans l’immigrationnisme, comme partout en Europe
d’ailleurs, le peuple, lui, reste fidèle aux traditions locales, qui font souvent référence à la Reconquista, comme les Balls de Bastons,
ou les Balls de Cavallets, les fêtes des Cristians i Morros. Beaucoup de danses et de musiques sont imprégnées par la religion chrétienne ou
lui sont liées, d’ailleurs un des chants nationalistes les plus connus (une sardana en fait), et interdit sous la dictature de Primo de
Rivera et de Franco, c’est la Santa Espina (la Sainte Epine, même si les paroles n’ont rien à voir avec un cantique).

DÉFENSE DU CONCEPT D’IDENTITÉ CHARNELLE

Que dire par ailleurs des manifestations souverainistes impressionnantes : 10/7/2011 : 1 200 000 personnes,  11/9/2012 : 1 500 000 Personnes — 11/9/2013 : la chaîne humaine du nord au sud de la Catalogne de plus de 1 600 000 personnes et récemment le 11/9/2014 plus de 1 800 000 personnes suivant la police ! Les télévisions du monde entier ont filmé et commenté ces événements, vous ne pouvez pas l’ignorer! En outre, Scipion de Salm dit que plus les pays sont petits, moins ils sont en mesure de se défendre. C’est bien pour cela que nous prônons une Europe forteresse, une Europe des peuples enracinés, et non des marchés financiers (l’U.E). Une Europe capable de protéger les plus petites entités. Car chaque ethnie européenne est un trésor unique et irremplaçable de la race blanche. Nous préférons défendre le concept d’identité charnelle que celui d’identité administrative. Nous préférons croire en une Europe forte de ses régions, plutôt qu’une France ou une Espagne qui vampirise ce
qui pourrait être un véritable trésor : les patries charnelles. Apparemment Scipion de Salm est loin de croire en cela, ses affirmations incendiaires sur la langue, la culture et le droit à la différence du peuple catalan prouvent qu’il ne peut pas être un racialiste, car il nie le droit à l’identité des ethnies qui composent la grande famille de la race blanche. Il est un jacobin d’extrême droite, il peut donc serrer la main à ses frères ennemis d’extrême gauche. Nous espérons que lorsqu’il critique l’architecture moderne de Barcelone, il ne critiquez pas l’œuvre d’Antoni Gaudi, ceci aggraverait son cas. — Scipion de Salm affirme par ailleurs que les nationalistes catalans veulent annexer la Catalogne du nord
(département des Pyrénées-Orientales), de qui se moque-t-il ? C’est à la suite du traité des Pyrénées le 7 novembre 1659 que la Catalogne du
Nord a été annexée par le Royaume de France. Monarchie et République peuvent se serrer la main, car depuis l’annexion, elles n’ont eu de
cesse de vouloir vider l’âme et l’identité de ce peuple, pour en faire des citoyens standards. Ce ne sont pas les nationalistes catalans qui
souhaite annexer la Catalogne du Nord, ce sont les Nord-Catalans qui ont le regard tourné vers Barcelone, ce qui est quand même différent.
Que le rédacteur de l’article du 20 novembre sache enfin que tout les catalans ne sont pas de gauche ou de droite molle comme il veut bien
le faire entendre. Mais qu’une aube nouvelle se dresse en Catalogne. Des nationalistes authentiques et identitaires ont décidé de faire
taire les marionnettes déguisées en nationalistes et qui sont aux mains des mondialistes. Ils ont également décidé de faire taire les
gens comme Scipion de Salm, qui prétend que seuls certains peuples ont le droit de se revendiquer nationalistes.

IL FAUT SAVOIR COLLER À LA RÉALITÉ DES PEUPLES

Pour conclure son article, Scipion de Salm invoque la figure de José-Antonio Primo de Rivera et l’avènement d’un pouvoir fort à la manière d’un Franco. Or, lorsque l’on consulte les scores réalisés par les formations phalangistes dans les Espagnes, on se demande s’il s’agit simplement de pure nostalgie à vouloir continuer dans cette voie de garage. Les résultat électoraux l’attestent, il faut coller à la réalité des peuples, et cesser de vivre dans un quelconque passé fantasmé. Nul doute que ceux qui ne savent pas évoluer, comme l’exigent les lois de la natures, dégénèrent et
finissent par dépérir. Evoluer ne veut pas dire se soumettre au diktat mondialiste. Evoluer, c’est réfléchir, c’est trouver des schémas différents car chaque peuple est différent ; nier cette évidence c’est tomber dans le piège de l’universalisme. Le plus grand défi de ce siècle, c’est d’adapter le principe identitaire en fonction des spécificités de chaque peuple, et de ne pas emprunter rapidement des raccourcis, qui ne sont en réalité que de la paresse intellectuelle. Dans une tribune libre sur la Catalogne parue dans le numéro 3075 de RIVAROL, Llorenç Perrié Albanell avait conclu de la manière suivante en citant l’écrivain Valencien Joan Fuster : « Nous sommes las d’avoir à demander pardon pour exister ». Nous citerons également Joan Fuster en guise de conclusion : « Toute politique que nous ne faisons pas sera faite contre nous. »

 Terra i Poble, <terraipoble@yahoo.fr>.

 1. Extrait de la proclamation de la République Catalane, lue par Francesc Macià le 14 avril 1931, Barcelone.

2. Sources : Institut National de Statistique. Recensement habitants de 2013. Recensement des inscrits : élections européennes de 2014. Dernière consultation des chiffres en ligne le 25.11.14.

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